Gouvernement du Nouveau-Brunswick

La gestion du sol est l'ensemble des mesures prises annuellement et à long terme pour améliorer et maintenir la productivité du sol; elles se complètent et sont liées au mode d'exploitation. La bonne planification et l'application attentive des méthodes agronomiques assurent un rendement élevé de tubercules de qualité et réduit l'impact négatif de la culture sur l'environnement.

Effets de la culture des pommes de terre sur le sol

Les pommes de terre prélèvent de grandes quantités d'éléments nutritifs dans le sol. Les travaux du sol et le passage des machines sont fréquents, et peu de résidus sont laissés dans les champs après la récolte. Par conséquent, la surface du sol n'est pas bien protégée contre l'érosion. LA POMME DE TERRE EST DONC UNE CULTURE TRÈS EXIGEANTE POUR LE SOL. L'usage fréquemment nécessaire de lourdes machines dans les champs trop humides contribue également à la dégradation du sol.

L'absence de mesures convenables d'amélioration des sols peut entraîner une érosion hydrique excessive, l'épuisement des matières organiques du sol, le compactage et la détérioration de la structure et de la capacité d'égouttement du sol.

Quatre ÉLÉMENTS DE GESTION DU SOL DOIVENT être étudies, planifiés et bien exécutés pour atteindre et maintenir une bonne production de pommes de terre de qualité, notamment:

  1. la sélection des champs;
  2. la fertilité du sol et le chaulage;
  3. le travail du sol;
  4. l'amélioration du sol.

Sélection des champs

Les sols ont des propriétés physiques et chimiques différentes qui influent sur la productivité des cultures. On maîtrise assez bien les propriétés chimiques et le degré d'acidité du sol par des apports d'engrais et le chaulage, mais il est beaucoup plus difficile et parfois impossible de modifier les caractéristiques physiques des champs. La sélection des champs est donc très importante. Elle consiste à faire un choix en fonction des caractéristiques physiques du champ et des exigences des cultures. Les rapports d'analyse du sol, les cartes, les examens sur place de profils du sol et les essais des producteurs sont de bons instruments à cet égard. (Un spécialiste des sols ou un agronome peut vous renseigner davantage sur les caractéristiques physiques de vos champs.)

Épaisseur du sol

Les pommes de terre exigent un sol poreux et non compact qui renferme des quantités optimales d'eau, d'éléments nutritifs et d'oxygène. Le meilleur sol doit avoir une épaisseur de 90 cm au-dessus de l'assise rocheuse ou de la couche de sous-sol compacte. On trouve rarement cette épaisseur de sol dans la région de l'Atlantique, mais il importe de choisir des champs ayant un sol épais pour la culture des pommes de terre : plus le sol est épais, plus sa capacité de rétention d'eau est grande. Par contre, moins le sol est épais, plus il risque la sécheresse. L'assèchement du sol est particulièrement dommageable pour les tubercules durant la différenciation et les premiers stades de développement en juin et juillet.

Texture

La texture du sol est la proportion de particules d'argile, de limon et de sable présentes dans le sol. Les loams sableux et les loams conviennent le mieux pour la culture des pommes de terre : ils ont une capacité de rétention d'eau assez bien équilibrée, leur structure est stable, ils sont bien aérés et ont une bonne conductibilité thermique. Les sols plus sableux ou graveleux risquent davantage de s'assécher, tandis que les sols plus limoneux ou argileux ont tendance à se compacter et à former une croûte, ce qui augmente les risques de mauvais drainage et d'érosion hydrique.

Pente

La culture des pommes de terre sur de fortes pentes comportent des risques et peut être trop coûteuse. Plus les champs ont une inclinaison prononcée, moins ils conviennent aux pommes de terre. Les sols se restaurent naturellement jusqu'à un certain point, mais le ruissellement sur une forte pente emporte plus de sol fertile que le champ peut remplacer. Le risque de perte en terre est proportionnel à la longueur de la pente et au degré d'inclinaison. Le tableau ci-après indique la longueur maximale des champs à divers degrés d'inclinaison. Lorsque la longueur d'une pente par rapport à son degré d'inclinaison dépasse les limites établies dans le tableau, la perte en terre excède la capacité de régénération naturelle du sol, à moins que des mesures agronomiques et techniques de conservation soient prises.  

 

Degré d'inclinaison (%) Longueur de pente (m)
12 8
10 14
8 25
6 55
5 95
4 240
3 1310

Drainage

Le mauvais drainage est une grave limitation pour la production des pommes de terre. Une trop grande teneur en eau dans le sol gêne la libre circulation de l'oxygène nécessaire au développement de racines et de tubercules sains. L'excès d'eau dans le sol diminue aussi la capacité d'absorption des éléments nutritifs, augmente les maladies cryptogamiques, retarde le travail du sol et la plantation au printemps et accroît le risque de compactage.

Compacité

La plupart des sols de la région de l'Atlantique ont un sous-sol naturellement compact. L'épaisseur de sol au-dessus de la couche compacte détermine la profondeur d'enracinement maximale de la culture, la capacité du sol à emmagasiner et à évacuer l'eau, et la dégradation probable du sol causée par le compactage, le mauvais drainage et l'érosion.

Pierrosité

Les grosses pierres gênent la préparation du sol et la récolte, et il faut les enlever. Les sols qui renferment jusqu'à vingt pour cent de petites pierres et de gravier (d'une grosseur de 7,5 cm de diamètre ou moins) ont une bonne capacité de rétention et d'infiltration de l'eau ainsi qu'une bonne conductibilité thermique.

Matières organiques

La teneur en matières organiques est un important facteur pour l'activité physique, chimique et biologique du sol. En général, la capacité de production d'un sol est proportionnelle à sa teneur en matières organiques. On doit chercher à maintenir un taux de matières organiques supérieur à trois pour cent. La présence de matières organiques améliore la structure, l'humidité, l'aération, la qualité thermique et le taux d'éléments nutritifs du sol, et elle diminue les risques d'érosion. Les matières organiques sont une importante réserve d'éléments nutritifs, et principalement d'oligo-éléments.  

 

Fertilisation et chaulage

Pour obtenir une récolte abondante de pommes de terre de qualité, le sol doit avoir un pH convenable et des éléments nutritifs suffisants et bien équilibrés. Les analyses de sol et les antécédents des champs permettent aux pédologues et aux agronomes de faire des recommandations sur les applications nécessaires d'engrais (azote, phosphore et potassium) et de chaux (calcium, magnésium). Les autres éléments (soufre, fer, manganèse, bore, cuivre, zinc, molybdène et chlore) sont habituellement présents en quantité suffisante, surtout quand la teneur en matières organiques est bonne.

Degré d'acidité et chaulage

Les sols de la région atlantique sont naturellement acides, et les apports d'engrais azotés et phosphorés les rendent encore plus acides. Des applications périodiques de chaux agricole aident à maintenir le pH du sol à un niveau acceptable. Les sols dont le pH est inférieur à 5 peuvent renfermer des taux élevés d'aluminium et de manganèse solubles qui nuisent aux pommes de terre. En général, un pH d'environ 5,5 est excellent pour les pommes de terre rondes qui sont sensibles à la gale, et un pH de 5,5 à 6 est recommandé pour les variétés de type Russet. La gale n'est pas causée par le chaulage, mais par l'organisme Streptomyces scabies. Cependant, le chaulage s'ajoute à d'autres facteurs pour créer un milieu propice à la multiplication rapide de cet organisme. Pour diminuer les risques de gale, on évite de planter des pommes de terre dans les champs qui s'assèchent rapidement, de cultiver continuellement des pommes de terre dans un champ, d'appliquer trop de fumier et de planter des semences non certifiées.

Lorsque les cultures de rotation ont besoin d'un pH supérieur à 5,7, la chaux doit être appliquée et incorporée au sol immédiatement après l'arrachage à l'automne, à condition que le travail du sol à cette période n'augmente pas le risque d'érosion.

Azote

Il n'existe pas de méthode valable pour analyser la biodisponibilité de l'azote dans les sols du Canada atlantique. Le taux d'azote nécessaire dépend de la réaction d'une culture à la suite d'une application, et il est fonction de la teneur du sol en matières organiques, de la variété, des antécédents du champ, de la période de croissance, du rendement escompté et des possibilités de lessivage. Comme l'azote est un facteur relativement négligeable du coût de production des pommes de terre, le risque de surfertilisation est toujours présent. Lorsque le taux d'azote appliqué est supérieur aux besoins nutritionnels de la culture, la maturation est retardée et les travaux de défanage et de récolte sont plus difficiles à exécuter. Une maturité tardive diminue la qualité de la tubérisation et rend le tubercule plus sensible aux meurtrissures durant l'arrachage, en plus de réduire la densité. Le surplus d'azote est rapidement lessivé du sol. Comme les pommes de terre n'absorbent pas beaucoup d'azote présent dans le sol, une plante de couverture installée à l'automne permet d'emprisonner l'azote dans la matière organique.

Il n'est pas nécessaire d'épandre l'azote en localisation puisqu'il suit les courants d'humidité du sol, mais il importe de le rendre accessible à la culture lorsqu'elle en a besoin. Dans la région de l'Atlantique, la plupart de l'azote est appliqué en ligne au moment de la plantation. Un traitement en surface au premier labour peut s'avérer un bon moyen de satisfaire les besoins de la culture en azote. Le traitement en surface donne de bons résultats lorsqu'il est précédé d'une application suffisante d'azote au moment de la plantation pour alimenter la culture jusqu'à ce traitement. Il faut que le traitement en surface soit uniforme, que l'humidité du sol soit suffisante pour entraîner l'azote jusqu'à la zone racinaire, et que les besoins de la culture en azote ne soient pas dépassés.

Phosphore

Le phosphore est essentiel au développement des racines, et le sol doit donc en renfermer une quantité suffisante au tout début de la croissance. Le besoin de phosphore est moins élevé durant les autres stades de développement. Comme il est moins accessible aux plantes dans un sol acide, il faut bien considérer l'analyse du sol et les recommandations sur la fertilité pour faire en sorte que le taux de phosphore dans le sol ne soit pas insuffisant ni excessif. Lorsque la teneur du sol en phosphore est élevée, on peut réduire les applications annuelles.

Potassium

Les analyses du sol indiquent bien s'il faut ajouter des engrais potassiques. Comme une trop grande quantité de potassium réduit la densité des tubercules, il faut en appliquer juste assez pour répondre aux besoins de la culture.

Calcium et Magnésium

La teneur en calcium est habituellement suffisante lorsque le pH requis est maintenu par des applications périodiques de chaux. Dans le cas où une analyse du sol indique une carence en potassium et qu'il n'est pas souhaitable d'augmenter le pH, on peut faire une application de gypse (voir le gypse ci-près). Une application de dolomie est nécessaire lorsque la teneur du sol en magnésium est trop faible. On applique un engrais enrichi de magnésium lorsque le pH est trop élevé pour recourir au chaulage.

Gypse

Le gypse est une excellente source de calcium et de soufre. Comme source de calcium, le gypse est cent fois plus soluble que la chaux et ne modifie pas le pH. Par suite d'une application de gypse avant ou immédiatement après la plantation (de une à deux tonnes par hectare enfouies peu profondément) ou à l'automne (de deux à quatre tonnes par hectare enfouies profondément), on a constaté une augmentation du rendement des tubercules et une baisse du taux de tacheture interne, de gale et de coeur creux.

Le N-Hib Calcium, le Cal-U-Sol et le Can 17 sont des composés commerciaux riches en calcium qui préviennent la tacheture interne. Ils donnent de bons résultats, mais ils sont plus coûteux que le gypse accessible localement.

Oligo-éléments

Parmi les oligo-éléments (soufre, bore, cuivre, zinc, manganèse, molybdène, fer et chlore), seul le bore a un effet bénéfique sur les pommes de terre cultivées dans les sols pauvres en matières organiques ou touchés par la sécheresse. L'enroulement et le dessèchement des bordures des pétioles sont des symptômes de carence en bore, et ils se manifestent généralement sur les jeunes feuilles. L'application foliaire de 2 kg de bore par hectare réduit les symptômes de coeur brun et de dégénérescence vitreuse. On a constaté que l'application de bore au début de la croissance donne de meilleurs résultats qu'une application tardive.

Engrais liquides

On a fait la promotion de plusieurs engrais liquides dans la région, mais aucun ne s'est révélé vraiment satisfaisant.

Prélèvement d'éléments nutritifs par les pommes de terre

Le tableau suivant indique les quantités approximatives d'éléments nutritifs prélevées par les pommes de terre dans chaque hectare de culture, compte tenu d'un rendement de 36 tonnes de tubercules par hectare ayant un taux de matière sèche de 20 %.  

Éléments nutritifs

  Azote
(N)
Phosphore
(P2O5)
Potassium
(K2O)
Calcium
(CaO)
Magnésium
(MgO)
Soufre
(S)
 

Partie des plantes Kilogrammes par hectare utilisé par les pommes de terre

Fanes (remises dans le sol) 58 8 112 40 22 6
Tubercules (extraits du sol) 153 32 209 5 16 10

Prélèvement total 211 40 321 45 38 16

Tous les éléments nutritifs présents dans le sol ne sont pas assimilés entièrement par les plantes. L'assimilation varie selon la profondeur du sol, l'étendue du système racinaire, l'humidité, la quantité d'éléments nutritifs échangeables, le degré de lessivage, la structure et le pH du sol ainsi que d'autres facteurs. Toutefois, puisque le sol libère de grands volumes d'azote et de potassium, les quantités d'engrais azotés et potassiques recommandées sont inférieures au total prélevé par la culture selon le tableau ci-dessus. Par contre, il faut appliquer plus de phosphore que le volume prélevé par la plante, car une partie de cet élément est rapidement fixée par le fer, le manganèse et l'aluminium dans un milieu acide, et elle n'est donc pas assimilable par la plante. De même on applique plus de calcium sous forme de chaux qu'il n'est nécessaire pour la plante, car la chaux a aussi la propriété de modifier le pH et l'activité microbienne du sol.

Les taux d'engrais recommandés sont établis en fonction des résultats d'analyses du sol, des antécédents en matière de gestion du sol et des cultures, et de l'aptitude du sol à libérer les éléments nutritifs présents.

Analyse du sol

L'analyse du sol est la première étape importante pour produire une bonne culture, et il faut donc prélever un bon échantillon de sol de la façon suivante.

  1. Se procurer des boîtes d'échantillon et des feuillets de renseignements au laboratoire provincial d'analyse des sols ou au bureau de services agricoles le plus près. (On fournit plutôt des sacs à Terre-Neuve et au Labrador.)
  2. Diviser les terres en champs numérotés de quatre hectares au maximum pour l'échantillonnage. Chaque zone doit sembler uniforme et avoir des antécédents de culture semblables. Noter ces renseignements.
  3. Recueillir des échantillons à vingt endroits ou plus dans chaque zone que l'on veut faire analyser. Chaque échantillon doit comporter une tranche uniforme de sol correspondant à la profondeur normale du labour ou du travail du sol. Éviter les anciens tas de fumier, les surfaces brûlées, les endroits où il y a eu déversement de chaux ou d'engrais, les zones marécageuses et tout autre endroit non représentatif du champ.
  4. Bien mélanger dans un seau propre le sol prélevé dans chaque zone, et briser les mottes. Remplir et numéroter la boîte d'échantillon.
  5. Remplir la feuille de renseignements et la faire parvenir avec les boîtes d'échantillons au laboratoire d'analyse des sols ou au bureau de services agricoles le plus près.

Les recommandations ne seront valables que si les échantillons analysés sont vraiment représentatifs du champ cultivé.

Faire parvenir les échantillons de sol aux endroits suivants :


 

Laboratoire agricole
Ministère de l'Agriculture du
Nouveau-Brunswick
C.P. 6000
Fredericton (N.-B.)
E3B 5H1
Laboratoire des sols
Ministère de l'Agriculture et de la
Commercialisation de la Nouvelle-Écosse
C.P. 550
Truro (N.-É.)
B2N 5E3
Laboratoire des sols
Ministère de l'Agriculture de
l'Île-du-Prince-Édouard
C.P. 1600
Charlottetown (Î.-P.-É.)
C1A 7N3
Laboratoire d'analyse des sols et des plantes
Édifice provincial de l'agriculture
Chemin Brookfield
St. John's (T.-N.)
A1C 5T7

Recommandations générales en l'absence d'une analyse du sol

Rapport kg/ha Type Quantité proposée
 
   
  Quantité d'éléments nutritifs d'engrais Example
 
   
  N P2O5 K2O    

1-1-1 120-150 120-150 120-150 15-15-15 800-1000

NOTE: Les pommes de terre de semence défanées deux à trois semaines avant la pleine saison et les pommes de terre de consommation hâtives exigent moins d'azote (de 100 à 120 kg/ha) que les cultures de pleine saison. Les sols à texture fine peuvent exiger de plus grands taux d'éléments nutritifs, et l'analyse du sol est alors très utile.

Engrais

On peut acheter des engrais concentrés qui renferment diverses quantités d'éléments nutritifs garanties par le fabricant. Les engrais concentrés reviennent moins cher en raison des coûts réduits de transport et de manutention. Par exemple, 1 000 kg d'engrais 15-15-15 équivalent à 1 500 kg d'engrais 10-10-10, car on obtient 150 kg d'azote, de phosphore et de potassium dans les deux cas. L'écart de poids est attribuable aux différentes quantités de charge présentes dans ces engrais.

Il importe toujours d'appliquer le bon taux d'engrais, particulièrement lorsqu'on utilise des engrais concentrés. Ainsi, l'application additionnelle de 100 kg/ha d'un engrais peu concentré comme le 10-10-10 ajoute 10 kg de N, 10 kg de P2O5 et 10 kg de K2O. Par contre, l'application additionnelle de 100 kg par hectare d'un engrais concentré comme le 17-17-17 ajoute 17 kg de N, 17 kg de P2O5 et 17 kg de K2O, c'est-à-dire 70 % de plus. L'épandeur d'engrais doit être calibré et vérifié fréquemment. Le réglage de la planteuse ou de l'épandeur peut s'avérer nécessaire lorsqu'on change de type ou de marque d'engrais ou lorsque les conditions atmosphériques et l'état du sol ont beaucoup varié depuis le premier réglage.

Application de l'engrais

L'engrais est généralement déposé en ligne 5 cm au-dessous et 5 cm de chaque côté de la semence. Lorsqu'une grande quantité de potasse est requise, il est préférable d'en appliquer au moins la moitié en nappe l'automne précédent. Cette mesure permet de mieux utiliser le potassium, d'économiser du temps et de compenser en partie la perte de matière sèche des tubercules causée par le chlorure de potasse. Une autre méthode valable serait d'appliquer en nappe au printemps la plus grande partie du volume recommandé d'engrais azoté et potassique, juste avant la plantation ou immédiatement après la plantation, et d'appliquer en ligne le reste de l'engrais au moment de la plantation. Il faut cependant consulter un spécialiste de la pomme de terre ou un spécialiste des sols pour connaître exactement les proportions d'engrais qui doivent être appliquées en nappe et en ligne.

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L'azote et le potassium sont parfois épandus en bandes latérales durant la saison de végétation. Il importe de bien calibrer la machine pour obtenir un bon taux d'application et un épandage uniforme. Lorsqu'on utilise l'urée comme source d'azote, il faut l'incorporer immédiatement dans le sol après l'épandage.

Pulvériser occasionnellement des engrais sur les feuilles, mais choisir alors le bon produit et bien déterminer le taux et la période d'application. Tous les produits ne se prêtent pas à une application foliaire, et certains produits ne sont pas bien assimilés par la plante. Les feuilles subissent parfois des brûlures lorsque le taux d'application est trop élevé. La réaction de la plante à ces produits foliaires dépend des conditions atmosphériques et de l'état de la culture.

Travail du sol

Le bon développement des racines et des tubercules exige un apport constant d'oxygène, et il faut donc rendre le sol friable et le maintenir dans cet état pendant toute la saison de végétation. Le travail préliminaire du sol, la préparation du lit de semence et le travail du sol entre les rangs sont d'importantes mesures de gestion du sol pour la production de pommes de terre. Puisque le compactage et la dégradation de la structure du sol sont des facteurs négatifs, il importe d'effectuer des travaux seulement quand le taux d'humidité du sol est excellent. Les machines agricoles ne doivent pas circuler dans le champ lorsque le sol est trop humide, car le compactage et l'accumulation d'eau causés par ces passages augmentent les risques d'érosion.

Il faut bien examiner certains facteurs comme le choix du matériel convenable, la période d'exécution (printemps ou automne) et la fréquence, la profondeur et l'orientation du travail du sol.

Le travail du sol doit être fait en travers de la pente principale lorsqu'il y a un grand risque d'érosion. En présence de ce risque, il faut éviter tout travail préliminaire à l'automne et laisser la surface du sol à l'état grossier et recouverte de la plus grande quantité possible de résidus végétaux. Le passage du chisel s'est avéré utile à cet égard.

Pour obtenir un réchauffement rapide du sol au printemps, il vaut mieux laisser une surface accidentée après le travail du sol à l'automne.

La préparation du lit de semence et le travail du sol doivent être réduits au minimum, car les façons culturales excessives sont néfastes pour la structure du sol et la matière organique. Réduire au minimum la profondeur du travail du sol au printemps pour accélérer le réchauffement du sol et prévenir un assèchement excessif.

L'utilisation de la charrue à versoirs doit être évitée au printemps, car le retournement du sol à cette période ne favorise pas son réchauffement.

Supprimer autant que possible le travail du sol lorsque le champ doit rester nu et sans protection contre l'érosion. L'installation d'une plante de couverture pour l'hiver est très souhaitable, par exemple le seigle d'hiver.

La description ci-après de quatre systèmes répandus pour le travail du sol expose leur efficacité dans diverses conditions et compte tenu d'autres facteurs connexes comme la gestion des résidus, la conservation du sol et le coût relatif des travaux.

  • Le passage de la charrue à versoirs à l'automne suivi de la charrue à disques et de la herse au printemps est un système conventionnel efficace pour retourner le sol, mais il est le plus coûteux des systèmes décrits. Il permet d'enfouir les résidus et prévient une décomposition rapide. Ce système ne laisse aucun paillis ou billonnage à la surface du sol pour le protéger contre l'érosion, et le labour répété à la même profondeur peut entraîner la formation d'une semelle de labour.
  • Le passage du chisel ou de la herse chisel avec disques à l'automne suivi du vibroculteur au printemps est un système efficace dans les champs où l'on pratique la culture en ligne ou dans les champs fertilisés sur chaume lorsque la paille a été enlevée ou lorsqu'elle a été hachée et répandue. Il est moins coûteux que les autres systèmes et permet d'enfouir les résidus à faible profondeur pour favoriser une décomposition rapide. Il laisse un paillis de résidus et un certain billonnage qui protège un peu la surface du sol, et il cause très peu de compactage.
  • Le passage du vibroculteur (1) à l'automne et au printemps est semblable au système précédent.
  • Le passage des disques à l'automne et au printemps peut être effectué dans tous les champs qui ne sont pas en herbe. Ce système est moins coûteux que le passage de la charrue à versoirs, et il permet l'enfouissement peu profond de résidus végétaux qui favorisent une décomposition rapide. Il laisse des résidus de culture et un peu de billonnage qui protègent la surface du sol, mais il peut favoriser la formation d'une semelle de labour.
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Lorsque le travail du sol ne peut être effectué à l'automne, le reporter au printemps.

NOTE: Les marques de commerce de l'outillage agricole ont seulement été utilisées pour décrire leurs fonctions habituelles, et l'on ne cherche aucunement à promouvoir une marque particulière.

1 Le travail du sol au printemps peut aussi être effectué avec un seul passage d'une finisseuse du sol, d'un rouleau ou d'un vibroculteur muni de socs à ailes ouvertes.

Mesures physiques et biologiques d'amélioration du sol

Drainage

Les pommes de terre doivent pousser dans un sol bien drainé, car les racines et les tubercules ont besoin d'un apport continu d'oxygène. En plus de restreindre l'aération du sol, le mauvais drainage réduit l'assimilation des éléments nutritifs dans la plante, retarde le réchauffement et l'assèchement du sol au printemps, diminue la tension du sol, empêche la circulation des machines et favorise la dégradation du sol. Le mauvais drainage menace la structure du sol et entraîne le compactage, ce qui augmente les risques possibles de ruissellement et d'érosion.

Il existe probablement des signes de mauvais drainage et de compactage dans un champ qui est encore trop humide pour être travaillé deux jours après de fortes précipitations. Un spécialiste du sol ou un spécialiste du drainage peut évaluer les mauvaises conditions présentes en étudiant les profils du sol dans les champs. Lorsque le grand problème est un mauvais drainage et qu'il faut évacuer l'eau du champ, la meilleure solution est généralement d'installer un système de drainage. L'installation d'un réseau complet est plus efficace sur une grande superficie.

Les eaux de ruissellement excessives qui nuisent au drainage dans un champ doivent être évacuées par des fossés de déviation ou des déversoirs.

Un travail du sol profond peut améliorer la situation lorsque le compactage est la principale cause d'une accumulation d'eau et de la lente pénétration de l'eau dans le sol. On peut utiliser le chisel à la profondeur de 5 à 30 cm lorsque le sous-sol compact est peu profond (semelle de labour par exemple), et le sous-solage est recommandé à la profondeur de 40 à 50 cm pour ameublir les couches compactes plus profondes.

On a constaté que le sous-solage est bénéfique après l'installation de tuyaux de drainage lorsque le mauvais drainage est aggravé par un sous-sol compact.

Pour obtenir une amélioration effective et durable, les travaux doivent être effectués dans de bonnes conditions d'humidité du sol et être suivis de bonnes mesures agronomiques. Il faut éviter toute circulation dans un champ trop humide et prendre des mesures pour augmenter la matière organique et améliorer la structure de la couche arable du sol; les moyens disponibles sont la rotation culturale, la culture de plantes à racines profondes comme le mélilot, la luzerne et le brome, l'application de fumier et d'engrais verts, et le travail de conservation du sol.

Sous-solage

La circulation de machines lourdes, le travail d'un sol trop humide, un trop grand épierrage, l'épuisement de la matière organique et l'érosion sont des facteurs qui dégradent la structure du sol et qui provoquent le compactage. Il en résulte une accumulation de l'eau, un ruissellement accru, une baisse du taux d'infiltration de l'eau et une plus grande érosion. Le compactage et une mauvaise structure du sol contribuent aussi à réduire l'aération du sol et sa capacité de rétention de l'eau, d'où une baisse du rendement et de la qualité des tubercules.

Le sous-solage permet d'ameublir les sous-sols compacts, et il supprime le compactage dans certains cas. Il importe que le sol soit relativement sec lorsqu'on effectue le sous-solage. Pour la production de pommes de terre, le sous-solage est généralement pratiqué sur la culture de rotation qui précède celle des pommes de terre. L'effet du sous-solage peut être prolongé grâce à des mesures ultérieures comme la culture de plantes à racines profondes et l'application de bonnes méthodes agronomiques.

Lutte contre l'érosion

L'érosion du sol nuit à la production des pommes de terre dans les provinces de l'Atlantique. Les pertes en sol annuelles dans les champs mal tenus sont dix fois supérieures au taux de renouvellement du sol. Dans certaines zones de la région (partie supérieure de la vallée de la rivière Saint-Jean), les dégâts causés par l'érosion ont entraîné l'abandon de champs pour la production agricole commerciale.

L'érosion cause non seulement la disparition de fines particules minérales du sol, mais elle réduit également la teneur du sol en matières organiques et en éléments nutritifs. Les rigoles et les ravins sont des effets visibles et alarmants de l'érosion. Par ailleurs, l'érosion en nappe peut avoir des conséquences encore plus graves, car elle affecte toute la surface du champ et ses effets ne sont pas visibles à court terme; il arrive donc souvent qu'elle provoque des ravages pendant une longue période avant qu'on la détecte.

Les principales causes de l'érosion sont la monoculture de pommes de terre, le travail du sol et la culture dans les champs à forte pente (surtout dans le sens de la pente), l'absence de protection du sol en hiver par des plantes de couverture ou des résidus végétaux, un trop grand travail du sol, l'épierrage excessif et la circulation de machines sur un sol trop humide.

Les producteurs peuvent recourir aux services de vulgarisation pour élaborer des plans de conservation et d'aménagement du sol en vue de réduire l'érosion et de maintenir les pertes en terre à un niveau acceptable. Communiquer avec le spécialiste des sols ou le spécialiste du drainage pour obtenir des renseignements sur la rotation culturale, les plantes de couverture, le sous-solage, le drainage, la culture en courbes de niveau, le travail de conservation du sol, la culture en bandes alternantes et la construction de systèmes de terrasses et de déversoirs.

Épierrage

Au Nouveau-Brunswick, les pierres de 7,5 cm ou moins de diamètre sont laissées dans les champs, car elles réduisent le compactage, favorisent l'infiltration de l'eau et protègent les particules du sol contre l'impact dévastateur des fortes précipitations.

Irrigation

Un système d'irrigation permet de régler le volume d'eau qui parvient aux cultures pendant les périodes de sécheresse. Les températures élevées et la faible humidité du sol au premier stade du développement des cultures peuvent causer la déformation des tubercules, la gemmation (tubercules en chapelet ou germes de chaleur) et la formation de petits plants. Un pH du sol élevé favorise l'apparition de la gale, mais le temps chaud et sec durant la tubérisation peut causer un problème de gale plus grave. Un système d'irrigation peut réduire considérablement les effets du manque d'humidité en période de sécheresse.

Rotation culturale

Les pommes de terre doivent être cultivées en rotation avec d'autres cultures pour minimiser les effets de la dégradation du sol. La rotation permet de préserver la structure du sol et sa teneur en matières organiques, tout en réduisant les dommages causés par les insectes et les maladies ainsi que la baisse de qualité des tubercules. Les céréales d'hiver, les fourrages ou les chaumes d'une culture de céréale précédente diminuent l'érosion à la fin de l'automne, pendant l'hiver et au début du printemps. On peut escompter un meilleur rendement et une qualité supérieure lorsque la culture des pommes de terre est faite aux trois ans dans le même champ, surtout lorsqu'elle est précédée par une céréale, un engrais vert ou une plante fourragère dans la rotation.

Le choix des cultures de rotation est très important. En effet, le sarrasin et le trèfle rouge prédisposent à la rhizoctonie la culture suivante de pommes de terre, tandis que le mélilot peut favoriser l'apparition des nématodes à kyste du trèfle. Ces infections peuvent réduire le volume de pommes de terre aptes à l'exportation.

Consulter le spécialiste des cultures ou le spécialiste de la pomme de terre pour obtenir des renseignements sur la rotation culturale.

Fumier

La matière organique est nécessaire pour maintenir une bonne structure du sol et améliorer sa capacité de rétention de l'eau et des engrais.

Les sols consacrés à la culture des pommes de terre sont généralement pauvres en matières organiques, et une bonne gestion du sol exige par conséquent que l'on ajoute environ 5 tonnes de matière sèche par hectare par année pour maintenir un taux de matière sèche satisfaisant. Il existe plusieurs façons de réaliser cet objectif.

  • Le fumier constitue un bon apport pour le sol, dans la mesure où il est accessible. Il faut toutefois préciser que le fumier frais appliqué en grande quantité, surtout celui des volailles, peut augmenter le taux et la gravité de la gale et retarder la maturation de la culture. On l'appliquera donc durant l'année où l'on produit la culture fourragère dans la rotation avec les pommes de terre. Une tonne de fumier complet de bovin et de porc renferme environ un quart de tonne de matière sèche; une tonne de fumier complet de porc renferme environ un quart de tonne de matière sèche; une tonne de fumier complet de volaille renferme environ un tiers de tonne de matière sèche, et une tonne de fumier liquide de porc renferme environ un dixième de tonne de matière sèche.
  • L'enfouissement des fanes de pommes de terre dans le sol peut ajouter jusqu'à deux tonnes de matière sèche par culture par hectare, selon la variété.
  • La paille de céréale apporte de deux à cinq tonnes de matière sèche par hectare lorsqu'elle est enfouie dans le sol. Sa décomposition est relativement lente, mais elle a de bons effets sur la structure du sol. Le chaume de pois, la repousse de trèfle et les mauvaises herbes fournissent également de bonnes quantités de matières organiques.
  • Les engrais verts sont une excellente source de matières organiques. L'avoine et les céréales d'hiver incorporées dans le sol avant l'épiage peuvent enrichir le sol de une à deux tonnes de matière sèche par hectare. Les engrais verts qui conviennent pour la culture des pommes de terre sont le trèfle rouge, l'herbe du Soudan, l'avoine, les céréales d'hiver et le sarrasin. Le trèfle donne jusqu'à sept tonnes de matière sèche par hectare. Consulter l'agronome du district ou le spécialiste des grandes cultures pour obtenir d'autres informations à cet égard.