Gouvernement du Nouveau-Brunswick

La pollinisation des fleurs du bleuet sauvage est la dernière étape avant la formation du fruit. Pour qu'elle se fasse, le pollen doit être déposé sur la partie femelle de la fleur par un insecte pollinisateur. Ceci doit se réaliser avant que la fleur ne dépérisse. Comme la durée de vie d'une fleur de bleuet n'est que de quelques jours seulement et que plusieurs visites sont nécessaires pour que la pollinisation ait lieu, un nombre élevé d'insectes pollinisateurs est requis pour assurer une bonne mise à fruit. L'apport des insectes indigènes est important mais ne suffit généralement pas pour assurer de forts rendements de façon constante. L'introduction de ruches (abeille domestique) est un moyen complémentaire important pour augmenter la mise à fruit. Pour obtenir de bons résultats, il faut gérer les ruches de manière à favoriser l'activité des abeilles dans la bleuetière. Voici quelques points importants à considérer pour maximiser l'utilisation de ruche:

NOMBRE DE RUCHES:

Le nombre de ruches nécessaire pour une bonne pollinisation dépend de la force des ruches, la grandeur du terrain et l'historique de la pollinisation par les abeilles indigènes. En général, on recommande 2.5 à 5 ruches par hectare (1 à 2 ruches/acre) quoique des producteurs ont obtenu du succès avec un nombre plus élevé. Dans l'état du Maine, certains producteurs cultivent le bleuet à l'échelle industrielle. Ils utilisent dans ces grands champs, ayant très peu de pollinisateurs indigènes, jusqu'à cinq ruches à l'acre. Dans ces cas, deux ruches à l'acre sont présentes pendant toute la période de floraison. À la mi-floraison, une série de ruches "mobiles" sont introduites à un taux de trois ruches à l'acre et elles sont enlevées à la toute fin de la floraison.

Des chercheurs de l'Université du Maine ont fait des recherches pour déterminer la densité d'insectes pollinisateurs nécessaires pour obtenir une bonne pollinisation. Pour les champs fortement recouverts de fleurs, ils ont développé quelques critères afin de déterminer le besoin en ruches d'abeilles, ceci, en trouvant combien d'insectes pollinisateurs vont visiter la bleuetière (Drummond 1994). Pendant une belle journée ensoleillée, la bleuetière doit être inspectée à dix sites et plus. À chaque site, il faut compter le nombre d'insectes pollinisateurs qui vont visiter les fleurs du bleuet sauvage pour une durée de cinq minutes. Ces insectes pollinisateurs sont principalement les bourdons et les abeilles solitaires. Si la moyenne des dix comptages donne: pour une moyenne de 2.4 insectes pollinisateurs par m², l'introduction de ruches d'abeilles n'est pas nécessaire; à 2 insectes pollinisateurs ajoutez 1 ruche par acre; à 1.3 insectes pollinisateurs ajoutez 2 ruches; à 0.6 insectes pollinisateurs ajoutez 4 ruches et si aucun insecte pollinisateur n'est observé ajoutez 5 ruches/acre

Même les champs avec des densités de fleurs relativement faibles, ne semblent pas être saturés à des taux de deux ruches et plus à l'acre. Avec un taux de une ruche à l'acre, une équipe de recherche de l'Université du Québec a obtenu une augmentation de rendements de 5 fois en utilisant des ruches d'abeilles (de Olivera, 1995). Ces augmentations étaient associées avec l'augmentation du pourcentage de mise à fruit et particulièrement à l'augmentation de la taille du bleuet. Ceci est dû à un nombre plus élevé de graines viables dans chaque fruit. Ces chercheurs ont signalé une augmentation dans le revenu potentiel de l'ordre de $6. à $28. pour chaque dollar investi en ruches d'abeilles (les augmentations de revenu et de profit dépendent bien sûr du prix reçu pour le bleuet et des coûts additionnels de la récolte). Une des observations les plus significatives de cette étude est l'importance de la force de la ruche. Il a été démontré qu'une seule ruche forte est plus bénéfique que quatre ruches faibles. Pour plus d'information sur la pollinisation et l'évaluation de la force d'une ruche, veuillez consulter les feuillets B.1.0 et B.4.0.

LE TEMPS D'INTRODUCTION:

L'introduction des ruches se fait lorsque nous avons de 10 à 20% de floraison. Ces taux se situent vers la fin de la première semaine de floraison. Le but de placer les ruches à cette période est d'assurer que la culture soit suffisamment attirante pour inciter les abeilles à butiner sur les fleurs du bleuet sauvage et non sur d'autres types de fleurs présentes à cette période. Pour les bleuetières entourées de forêt et non adjacentes à d'autres champs, placer les ruches à 10% de floraison. Au Québec, dans de telles situations, les rapports recommandent de placer les ruches aussitôt que 5% de floraison (de Oliveira, communication personnelle). Dans le cas où il y a d'autres bleuetières en floraison ou d'autres sources de fleurs, attendez d'atteindre 20% de floraison avant d'introduire les ruches. Cette situation est souvent préférée par l'apiculteur car les ruches introduites plus tard profiteront de meilleures conditions climatiques. Heureusement, il a été observé que les abeilles indigènes préfèrent les premières fleurs, c'est-à-dire celles à la base des plants, tandis que les abeilles à miel semblent préférer les fleurs tardives qui se situent plutôt au sommet des plants.

L'EMPLACEMENT DES RUCHES:

Idéalement, les ruches devraient être placées une par une à équidistance d'un bout à l'autre de la bleuetière afin que la pollinisation soit uniforme à travers le champ. Pour des raisons pratiques, les ruches sont souvent regroupées car elles sont soit sur des palettes, soit que l'accessibilité du site est limité ou tout simplement pour faciliter les tâches de l'apiculteur et/ou du producteur. Dans ce cas, on disposera l'ensemble des ruches par groupe de 10 à 15 à une distance de 2.5 m entre elles et de 3 m entre les rangées. De plus, il faudra alterner l'orientation des entrées des ruches pour éviter la dérive.

Les ruches ne devraient pas être placées directement sur le sol, car la rosée s'accumule sur le plateau et les abeilles doivent les ventiler à sec avant de pouvoir les quitter pour la pollinisation. Afin d'éviter ceci, les producteurs peuvent fournir des palettes, du bois de charpente ou même une vieille porte. Il est aussi recommandé de garder les ruches à l'extérieur de la végétation surtout si l'herbe est haute.

Choisir le bon site pour placer le ou les groupes de ruches demande un moment de réflection de la part du producteur. L'objectif qu'il doit atteindre est d'orienter la force pollinisatrice de manière à ce qu'elle travaille à l'intérieur du terrain visé. Il doit donc tenir compte de ce qui entoure son champ tel que autre bleuetière ou champs cultivés en fleur. Si c'est le cas, il devra, pour diminuer cette compétition, augmenter la distance séparant le groupe de ruches et cette source compétitrice. Voici ci-dessous la description de quelques situations.

  • Bleuetière entourée de forêt.
    Dans les petites bleuetières entourées de forêt avec aucune autre source de fleurs, placez les groupes de ruches près de la forêt. Avec des terrains plus grands, visez la partie centrale du terrain. Dans les deux cas, espacez les groupes de ruches à équidistance afin d'orienter la force pollinisatrice des abeilles sur toute la production.
    Bleuetière ayant des vents prédominants constants.
    Les abeilles arrêtent presque complètement leurs activités au champ lorsque la vitesse du vent atteint 30 km/hre. Dans une bleuetière ayant des vents constants, l'emplacement des ruches doit être choisi de façon à ce que les abeilles aient à voyager vers la culture avec le vent en face et avec le vent arrière pour le retour à la ruche. Cette précaution aurait pour but de favoriser le retour des abeilles à la ruche. Donc, la disposition des ruches sera plutôt à une extrémité de la bleuetière. Il faut fournir, où c'est possible, un abri soit avec des arbres, soit avec un brise-vent artificiel et/ou localiser les ruches dans un lieu bas et protégé.
  • Bleuetière entourée d'une autre source de fleurs (bleuetière ou autre culture).
    Dans ce cas, placez le ou les ruches dans la bleuetière à l'extrémité opposée de la source de fleurs compétitrices. Les abeilles doivent donc traverser la bleuetière avant d'atteindre cette source de fleurs. Si des sources de fleurs compétitrices sont présentes dans tous les sens, placez les groupes de ruches plus près les une des autres et au centre de la bleuetière. Dans cette situation la technique de remplacement et/ou la rotation des ruches peut servir comme moyen de diminuer le déplacement extérieur des abeilles.

LA ROTATION:

Graduellement les abeilles s'éloignent de la ruche pour butiner à plus d'un km de distance après quelques jours. Afin d'éviter que les abeilles ne se dispersent dans les bleuetières ou cultures voisines, deux ou trois producteurs et l'apiculteur peuvent collaborer et faire la rotation de leurs ruches pour obtenir une pollinisation maximale. Les ruches sont transférées à une autre bleuetière à plus de 4 à 5 kilomètres de distance de la première bleuetière après 4 à 5 jours de vol. Les ruches de la deuxième bleuetière sont transférées à la première bleuetière. Cette technique élimine le patron de vol déjà établis des abeilles. Le nouveau patron de vol va temporairement inclure une plus grande activité dans la bleuetière à être pollinisée. La rotation des ruches demande de la main d'oeuvre et est coûteuse. Ce n'est qu'une procédure efficace que lorsque d'autres sources de fleurs sont présentes pendant la floraison de la bleuetière. Si la compétition, pour les abeilles, est négligeable, la rotation des ruches n'est peut-être pas rentable ou nécessaire.

EFFET DU VENT SUR LES RUCHES:

Un site protégé des vents dominants comme la proximité d'un boisé ou un brise-vent naturel est avantageux. Un tel site facilite l'entrée et la sortie des abeilles dans la ruche lorsque les conditions sont moins favorables. Dans le cas où les vents sont un problème et que la bleuetière ne présente aucune protection contre ceux-ci, installez un brise-vent artificiel. La clôture à neige peut très bien servir pour ralentir la vitesse du vent près des ruches. La clôture devra être assez longue pour assurer une protection au groupe de ruches et devrait être d'une hauteur de 2 à 3 m. Placez les ruches derrière la clôture à environ 1 m de celle-ci. Voir feuillet d'information A.4.0 pour plus d'information sur les brise-vent.

EFFET DU SOLEIL SUR LES RUCHES:

Quand les ruches sont placées près d'un boisé, s'assurer que celles-ci ne seront pas à l'ombre le matin. Si c'est le cas, déplacer les ruches jusqu'à ce que les premiers rayons du soleil les atteignent. La chaleur et la lumière des rayons solaires sont responsables d'activer le butinage. Pour maximiser cet effet, l'entrée des ruches doit être dirigée vers le sud ou le sud-est. Plus les abeilles travaillent tôt le matin, plus longue sera la journée de pollinisation.

LES SOURCES D'EAU PRÈS DES RUCHES:

L'eau est essentielle pour la survie de la ruche. S'il n'y a aucune source d'eau naturelle comme un ruisseau ou un étang, de l'eau devra être fournie sur la bleuetière près des ruches. Un tonneau, coupé en deux dans le sens de la longueur ou même des boîtes à bleuet peuvent servir de réservoir d'eau. Des morceaux de bois ou autres matériaux flottants doivent être placés à la surface de l'eau comme planche d'atterrissage aux abeilles, sinon, elles vont se noyer. Il est très important de placer ces réserves d'eau avant l'introduction des ruches

PROTECTION DES RUCHES:

On retrouve souvent les bleuetières loin des lieux résidentiels. Les animaux sauvages y vivent et parfois en grand nombre. Les ruches utilisées pour la pollinisation des bleuetières peuvent être dérangées par certains de ces animaux sauvages.

Les mouffettes, les ratons laveurs et les ours sont parmi ceux pouvant déranger jusqu'à détruire complètement une ruche. Parmi ceux-ci, l'ours présente le grand danger. Si vous soupçonnez ou voyez régulièrement un de ces animaux près de votre bleuetière, avisez votre apiculteur qui prendra ou vous avisera des mesures nécessaires afin d'éviter tous dégâts aux ruches. C'est la responsabilité du producteur de visiter régulièrement les ruches et de signaler à l'apiculteur si un de ces animaux a été vu ou qu'une ruche a été détruite. Un apiculteur n'est certainement pas intéressé à ramener ses ruches l'année suivante s'il a subit des pertes de colonies d'abeilles et de matériels apicoles. Pour plus d'information sur les moyens de protection consultez le feuillet d'information B.5.0.

INSECTICIDES:

L'emploi d'insecticides doit être évité pendant la floraison et ne doit jamais être utilisé lorsque des ruches sont dans les champs. Ça contrevient à la loi sur les ruches de pulvériser des insecticides lorsque les abeilles sont au champ. Retardez l'introduction des ruches si vous soupçonnez faire la pulvérisation d'un insecticide. Vous devez toujours aviser votre apiculteur si vous prévoyez faire des pulvérisations de pesticides. Voir feuillet d'information C1.6.0.

CONTRATS:

Un contrat entre les producteurs et les apiculteurs peut être avantageux en établissant les responsabilités de chacun. L'Association des Apiculteurs du N.-B. ont à leur disposition un exemple d'accord préparé pour un "service de la pollinisation".

CONCLUSION:

L'utilisation des abeilles n'est pas une garantie d'avoir des rendements élevés mais plutôt une assurance. Parfois des facteurs incontrôlables affectent la performance des abeilles. Dans ces situations, il faut avoir l'esprit ouvert et reconnaître les bienfaits des abeilles comme pollinisatrices du bleuet.

Références:

Canadian Association of Professional Apiculturists. 1995. A Guide for Managing Bees for Crop Pollination.

Conseil des Productions Végétales du Québec. 1977. Apiculture: Emplacement du rucher et dérive. Agdex 616. 4pp.

De Oliveira, D. 1995. Contribution des insectes pollinisateurs a la mise a fruit et au rendement dans les bleuetieres de la Sagamie. Rapport du project SE-081.

Drummond, F. 1994. Determining bee density. in Wild Blueberry Newsletter (ed. David Yarborough), Univ. of Maine.

Hoopingarner, R.A. and G.D. Waller. 1992. Crop Pollination. In The Hive and the Honey Bee (Joe M. Graham, editor). Dadant & Sons, Illinois.

Jadczak, A. 1993. Placement of Honey Bee Colonies Used for Blueberry Pollination. Univ. of Maine.

Karmo, E.A. 1978. Blueberry Pollination - Problems, Possibilities. Beekeeping Fact sheet 109, NSDA, Nova Scotia, 11pp.

Pacific Northwest Extension. 1984. Evaluating Honey Bee Colonies for Pollination: A Guide for Growers and Beekeepers. Publication 245, 6pp.

Root, A.I. 1993. ABC and XYZ of Bee Culture. A.I. Root Company, Medina, Ohio. 500pp.

Vickery, V.R. 1991. The Honey Bee: A Guide for Beekeepers. Particle Press, Pincourt, Québec, 250pp.

 

Rédigé par: Bernard Savoie, agr., technicien horticole; John Argall, spécialiste de la culture du bleuet, Ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement Rural Nouveau-Brunswick du N.-B; et Heather Clay, Association des Apiculteurs du Nouveau-Brunswick.
Hiver 1996