Gouvernement du Nouveau-Brunswick

INTRODUCTION

Avant l'utilisation à grande échelle des colonies d'abeilles domestiques dans les bleuetières, les bleuets étaient surtout pollinisés par les abeilles indigènes. Les abeilles indigènes sont appelées tour à tour «abeilles sauvages » et «abeilles à pollen », et il y en a plus de 25 000 espèces dans le monde, dont 3 500 en Amérique du Nord seulement. Contrairement à ces abeilles, l'abeille domestique européenne est la seule vraie «abeille sociale » d'Amérique du Nord. Les bourdons ont une phase sociale (en colonie) durant les mois les plus chauds, mais la plupart des abeilles indigènes sont solitaires. Chez les espèces solitaires, chaque femelle vit seule dans un nid qu'elle construit et qu'elle ravitaille sans l'aide d'autres femelles. Toutefois, quelques-unes de ces espèces nichent à proximité les unes des autres et forment des agrégations.

Plus de 60 espèces d'abeilles indigènes ont été recensées dans les régions productrices de bleuets sauvages du Maine et de l'Est du Canada. Beaucoup de ces espèces sont mieux adaptées au bleuet que les pollinisateurs d'élevage comme l'abeille domestique et la mégachile (découpeuse de la luzerne), mais dans la plupart des bleuetières, le nombre d'abeilles indigènes est insuffisant pour polliniser les multiples fleurs produites grâce aux techniques modernes. Néanmoins, les pollinisateurs indigènes continuent d'apporter une contribution importante, et souvent essentielle, à la production des bleuets.

Beaucoup des attributs de ces abeilles indigènes, comme la capacité de butiner dans des conditions météorologiques marginales et la sonication (secousse des fleurs) pour récolter le pollen, en font des pollinisateurs très efficaces. Parmi ces abeilles, on retrouve les mégachiles indigènes, les andrènes (abeilles fouisseuses), les bourdons et certaines halictes. Ensemble, certaines de ces abeilles peuvent être quatre fois plus efficaces que les abeilles domestiques.

Le présent feuillet vise à renseigner les producteurs de bleuets sauvages sur les principaux pollinisateurs indigènes et à leur indiquer des moyens pour préserver et accroître les populations.

BOURDONS

Cycle biologique. Les bourdons ont un cycle annuel (les colonies sont créées chaque année) qui commence tôt au printemps quand les reines qui ont hiberné sortent de leurs sites d'hibernation souterrains pour butiner les fleurs printanières et chercher l'endroit approprié (souvent un ancien nid de rongeur) pour former la nouvelle colonie. Une fois qu'elle a choisi le site, la reine récolte du pollen et en fait un amas sur lequel elle pond un premier couvain d'environ sept œufs d'ouvrières. Les œufs éclosent peu après la ponte, et les jeunes ouvrières commencent à manger l'amas de pollen et d'autre pollen ainsi que du nectar apporté par la reine. Le passage au stade adulte se fait après une courte pupaison d'environ 21 jours après la ponte des œufs. Les premières ouvrières prennent la relève pour récolter du pollen et du nectar, tandis que la reine continue de pondre des masses successives d'œufs d'ouvrières. Au milieu de l'été, une colonie renferme de 20 à 100 ouvrières, selon l'espèce. C'est le moment où la colonie commence à produire des mâles et des reines. Les jeunes reines quittent le nid et, après avoir été fécondées, elles s'enfoncent dans le sol à une profondeur de 5 à 10 cm pour hiberner. À l'approche de l'automne, le reste de la colonie dépérit et meurt. Les reines qui ont hiberné sortent du sol le printemps suivant et recommencent le cycle.

Élevage des bourdons. Les scientifiques et les apiculteurs tentent d'apprivoiser des bourdons depuis des décennies en construisant de sites de nidification artificiels dans les champs et en élevant les abeilles à l'intérieur dans des conditions contrôlées. Des intérêts commerciaux ont fait d'importants progrès dans l'élevage des bourdons en milieux contrôlés pour un usage à des fins agricoles (principalement dans les serres). On utilisera peut-être un jour des bourdons d'élevage pour polliniser les bleuets sauvages, mais il serait actuellement beaucoup trop coûteux d'utiliser des bourdons domestiqués pour la pollinisation des bleuets sauvages.

Une des tentatives les plus concluantes qui ont été faites pour inciter les bourdons à nicher dans les champs a été l'enfouissement de boîtes en bois contenant du coton à capitonner en guise de matériau de nidification. L'entrée souterraine de la boîte est reliée à la surface du sol par un tuyau de plastique pour permettre le passage des abeilles. Il suffit, semble-t-il, d'enfouir seulement le tunnel, et non tout le nid. Ça peut dépendre de l'espèce d'abeilles qui est attirée.

COUP D'OEIL SUR LE BOURDON:

BOMBUSpinqueen

  • Longueur : de 13 à 28 mm (de ½ à un pouce).
  • Pollinisateur actif.
  • Nombre de fleurs visitées à la minute : de 10 -18.
  • Répartition au N.-B. : plus nombreux dans le Sud que dans le Nord.
  • Plantes sauvages autres que les bleuets qui sont visitées par les bourdons : les bourdons visitent une multitude de plantes comme les saules, la plupart des trèfles, les espèces de lotiers, les rosiers, la luzerne, l'épilobe, les marguerites, les iris, le crevard de mouton, l'apocyn, la chicorée, le millipertuis, l'onagre, les viornes, les spirées, la verge d'or, les renoncules, le lilas, les pissenlits, la salseparielle, le jargeau, la linaire vulgaire, les framboises, l'achillée et les asters.
  • Habitats préférés : les lieux où toutes sortes de plantes sont en fleur jusqu'au début de l'automne, les champs de fourrage abandonnés (où pousse du trèfle) et les prés avoisinants, les débris jonchant les terres boisées, les nids de souris abandonnés, les petites surfaces de terre inculte, la proximité de zones non perturbées comme les boisés de ferme, les haies basses, les plantations brise-vent, les vieilles granges et les broussailles ou les tas de compost.

ANDRÈNE

Cycle biologique. Les andrènes (aussi appelés abeilles fouisseuses ou abeilles mineuses) sont des abeilles solitaires qui nichent dans la terre. Ce sont d'importants pollinisateurs des bleuets sauvages, tant par leur nombre que par leur efficacité. Une semaine environ avant la floraison des bleuets sauvages, les mâles et les femelles adultes sortent des nids construits la saison précédente. Une fois fécondées, les femelles creusent dans le sol un terrier ayant une entrée ressemblant à celle d'une fourmilière, ainsi qu'un puits vertical et une série de galeries latérales qui aboutissent aux chambres à couvain (voir la figure 1). Les terriers peuvent avoir jusqu'à 45 cm (18 po) de profondeur. À l'intérieur du terrier, la femelle imperméabilise les parois de la chambre à couvain, pour ensuite pondre un œuf sur une masse de pollen et de nectar. La masse nourrit la larve jusqu'à l'automne, période où les abeilles atteignent le stade d'adulte hivernant. Tôt au printemps, les abeilles sortent de terre et recommencent le cycle. Les abeilles fouisseuses nichent souvent dans les champs de bleuets sauvages, où elles choisissent des sites ayant un sol sableux bien drainé et une couverture végétale protectrice. En raison du choix des lieux de ponte appropriés, plusieurs nids sont creusés relativement proches les uns des autres.

Les andrènes peuvent butiner un grand nombre de plantes, mais ils ont tendance à rester fidèles au bleuet après avoir commencé à le butiner.

 

b60

Figure 1: Exemples de terriers d'adrène et d'abeilles semblables

 

ANDRENApinl

COUP D'ŒIL SUR L'ANDRÈNE :

  • Longueur : de 7 à 14 mm (de ¼ à ½ pouce).
  • Pollinisateur actif.
  • Nombres de fleures visitées à la minute : de 5 à 10.
  • Répartition au N.-B. : nombreux dans toutes les régions.
  • Plantes sauvages autres que les bleuets qui sont visitées par les andrènes : l'amélanchier, les cassis, les framboises et les mûres, l'érable, les fraises, le saule, le thé du labrador, les quatre-temps, le cerisier à grappes, le rhodora, les pissenlits, le crevard de mouton, les rosiers, le vinaigrier, les trèfles et trèfles d'odeur, les spirées et les pommiers.
  • Habitats préférés : Ces abeilles préfèrent nicher dans un sol malléable qui a une mince couche de matières organiques, qui est exposé au sud et qui est entouré d'une végétation éparse ou de densité moyenne. Elles tireraient certainement avantage de la présence d'autres plantes qui fleurissent avant et après les bleuets sauvages.

HALICTES

Cycle biologique. Les abeilles de la famille des halictidés sont souvent appelées abeilles de la sueur parce que certaines espèces sont attirées par la transpiration humaine par temps chaud. Ces petites abeilles ont un cycle biologique qui ressemble à celui des andrènes. La femelle de cette espèce creuse un nid dans la terre qui ressemble à un terrier et qui comprend un puits horizontal et un groupe de chambres à couvain. Il y a plusieurs variations dans l'architecture des nids. L'halicte tapisse l'intérieur des cellules à couvain d'un enduit luisant à l'aspect vernissé. Les halictes sont considérés comme des pollinisateurs peu importants dans la plupart des bleuetières, mais leur abondance dans le Nord-Est du Nouveau-Brunswick semble indiquer qu'il serait peut-être profitable d'encourager la préservation et l'accroissement de leurs populations.

b60b

COUP D'ŒIL SUR L'HALICTE:

  • Longueur : de 3,5 à 15 mm (de 1/8 po à ? pouce).
  • Pollinisateur actif.
  • Nombre de fleurs visitées à la minute : de 4 à 8.
  • Répartition au N.-B. : nombreux dans le Nord-Est.
  • Plantes sauvages autres que les bleuets qui sont visitées par les halictes : On a déjà relevé la présence de ces abeilles sur la plupart des espèces florifères qui poussent dans les régions productrices des bleuets sauvages, dont les plus importantes sont notamment l'amélanchier, les fraisiers, les viornes, le rhodora et les framboisiers.
  • Habitats préférés : Ces abeilles préfèrent nicher dans un sol malléable qui a une mince couche de matières organiques, qui est exposé au sud et qui est entouré d'une végétation éparse ou de densité moyenne. Elles tireraient certainement avantage de la présence d'autres plantes qui fleurissent avant et après les bleuets sauvages

OSMIES

OSMIAtrapnest2

Un nid pour les osmies

OSMIApin

Une osmie

Cycle biologique. Les osmies (généralement appelés abeilles maçonnes) ne sont pas très répandus dans beaucoup de bleuetières du Nouveau-Brunswick, mais ils sont des pollinisateurs efficaces des bleuets. Certaines observations faites dans les bleuetières du Maine semblent indiquer qu'on pourrait augmenter leurs populations au moyen de nids-pièges.

Des espèces d'osmies sont utilisées au Japon, en Europe et aux États-Unis pour polliniser des cultures commerciales. Dans l'Est du Canada, ces abeilles volent pendant sept à huit semaines chaque printemps. Les femelles font leur nid dans des galeries existantes, comme celles forées par les scolytes dans les arbres morts. Elles placent une masse de nectar et de pollen à l'extrémité de la galerie et y déposent un œuf. Elles scellent ensuite la cellule avec une mince couche de pâte de feuilles mastiquées. La femelle construit sept ou huit cellules de ce genre, et elle scelle la dernière cellule avec un opercule. Le processus est semblable, mais non identique, à celui utilisé par la mégachile, qui est illustré à la page 2 du feuillet de renseignements B.7.0. Après l'éclosion, les larves se nourrissent pendant environ trois semaines, et elles tissent ensuite un cocon. Les larves se pupéfient deux à trois semaines plus tard, et elles atteignent le stade d'adulte hibernant vers la fin de l'été. Elles sortent du nid le printemps suivant pour s'accoupler et recommencer le cycle biologique.

Les osmies aiment fréquenter les sites de nidification artificiels. Diverses formes de nid ont été mises à l'essai, mais les blocs de pin ou de sapin semblent avoir la faveur de ces abeilles. On peut découper les blocs en diverses formes (voir la photo) et y creuser une galerie d'environ 15 cm (6 po) de profondeur, dont l'orifice d'entrée mesure environ 0,8 cm (5/16 po) de diamètre. Il faut utiliser une mèche bien aiguisée pour forer l'orifice, afin que la surface soit bien lisse. Pour empêcher la formation de moisissures et de champignons, on insère dans les galeries des tubes en papier recouverts de cellophane. Les blocs doivent être installés à hauteur des yeux le long des champs bordés d'arbres ou de bâtiments, avec une exposition au sud-est pour capter la lumière matinale. On peut rentrer les blocs en octobre et les remiser à la température de 2 à 4 oC (de 35 à 40 F) pour améliorer la survie des abeilles en hiver. Pour obtenir des détails sur la construction de nids dans des blocs de bois et sur les matériaux nécessaires, on s'adresse au spécialiste provincial de la culture des bleuets ou aux horticulteurs du MAPANB qui travaillent dans les bureaux régionaux du ministère.

Les osmies semblent aussi bénéficier de la présence de plantes autres que le bleuet, entre autre : les saules, l'amélanchier, la potentille, les fraisiers, les framboises, les trèfles, le violet, et plusieurs des plantes à floraison printanière du sous-bois des forêts de feuillus.

OBSERVATIONS GÉNÉRALES POUR AMÉLIORER LA POLLINISATION PAR LES ABEILLES INDIGÈNES

Le présent feuillet de renseignements indique quelques méthodes utiles pour maintenir et améliorer les populations de pollinisateurs indigènes. Il faut notamment maintenir des sites dans les sols chauds et sableux pour les andrènes et les halictes, et aménager et construire des sites de nidification pour les bourdons et les osmies. On favorise aussi la prolifération des pollinisateurs indigènes en appliquant les mesures suivantes :

  • laisser pousser une grande gamme de plantes florifères autour des bleuetières;
  • aménager autour des bleuetières divers types de champs et de forêts (prairies, boisés d'âges différents, fourrages et autres cultures à fleurs);
  • planter des espèces à fleurs (surtout des trèfles) pour les abeilles;
  • établir ou entretenir des plantations brise-vent pour favoriser la survie et l'activité des pollinisateurs;
  • fournir l'eau et la boue nécessaires à la subsistance des abeilles et à la construction de nids;
  • aménager de petits champs pour empêcher que les abeilles passent de l'abondance à la famine d'une année à l'autre;
  • utiliser les pesticides avec prudence, surtout durant la période de pollinisation.

 

b50
Références:
Batra, Suzanne. 1994. Diversify with Pollen Bees. American Bee Journal 134(9): 591-593. Free, J.B. 1993. Insect Pollination of Crops. Academic Press, NY. 684 pp.

Javorek, S.; K. MacKenzie, and D. Rogers. 1995. Bee Pollinators of Apple and Lowbush Blueberry in Nova Scotia. NSDAM. 12pp.

Osgood, E.A.1972. Soil characteristics of nesting sites of solitary bees associated with the lowbush blueberry in Maine. Technical Bulletin 59, Univ. of Maine, Orono. 8pp.

Stubbs, C.S.; H.A. Jacobson; E.A. Osgood and F.A. Drummond. 1992. Alternative Forage Plants for Native (Wild) Bees Associated with Lowbush Blueberry , Vaccinium spp., in Maine. Technical Bulletin 148. Univ. of Maine, Orono. 54 pp.

Stubbs, C.S.; F.A. Drummond and S.L. Allard. 1997. Bee Conservation and Increasing Osmia spp. in Maine Wild Blueberry Fields. Northeastern Naturalist. Vol.4

Rédigé par: John Argall, agronome, spécialiste de la culture des bleuets, ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement rural du Nouveau-Brunswick; Kenna Mackenzie, entomologiste des petits fruits, Station de recherches d'Agriculture et Agroalimentaire Canada à Kentville; Steve Javorek, biologiste, Services de pollinisation diversifiés; Gaétan Chiasson, agronome, spécialiste de l'horticulture, ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement rural du Nouveau-Brunswick; Bernard Savoie, agronome, technicien en horticulture, ministère de l'Agriculture et de l'Aménagement rural du Nouveau-Brunswick.

Printemps 1998